Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 15:30

Nous étions tranquillement au restaurant en train de déguster la sauce de notre repas quand soudainement un bout de pain tomba par terre. Hop des miettes sur le sol, et hop l'idée d'aller voir Pasiphae.


Bonjour Pasiphae. Avant de venir t'interviewer, j'ai regardé ton profil et j'ai pu constaté en allant sur ton blog et tes sujets créés sur le forum que tu écrivais à la fois des nouvelles et de la poésie. Est-ce que tu adoptes une posture différente selon ce que tu écris ? Par exemple, qu'est ce que tu mobilises le plus quand tu écris une nouvelle ?

Ah heu… Ca me force à réfléchir, ta question, là (chose que j'oublie en écrivant). La majeure différence, c'est que les nouvelles me viennent spontanément (pas besoin d'appel, quand une nouvelle naît je la sens venir et je l'accueille avec un sourire gentil), tandis qu'écrire de la poésie, ça ne m'est venu à l'idée que sur l'instigation de Rozbaum, et donc, je suis obligée de réfléchir (et je ne m'en cache pas, c'est médiocre! je bosse, je crois que la poésie nécessite moins d'artifices, plus de sincérité, et c'est toujours un petit moment gênant celui où il faut oser poser deux puis trois mots et ne pas les effacer (les assumer)). Oups, je suis à côté de la question, nous parlions nouvelle, donc, je mobilise les images qui me viennent et je me bats contre les mots (ça a l'air bizarre dit comme ça, mais réellement j'ai besoin de les apprivoiser en les fouettant).

Il y a une interrogation récurrente chez moi vis-à-vis de la poésie. Penses-tu qu'on puisse écrire de "bons" poèmes sans maîtriser la technique ?

OUI évidemment! Il ne faut pas une technique apprise dans des bouquins pour écrire de la poésie, il faut simplement être attentif (à soi, aux autres, être capable de se poser, de laisser la sensation affleurer, l'image, et lui donner du corps même si ça a l'air bizarre, puisque chaque sensation s'exprimera différemment selon qui je suis, donc "la mer qui balaie les tourments", ce n'est pas de la poésie, c'est une métaphôre mille fois convenue et qui résonne faux)
Après, la technique vient s'installer doucement, mais après seulement, quand j'apprends (mon je ici est universel, c'est un peu pédant) à aimer les mots, quand mon rapport à eux devient presque sensuel, je peux avoir l'envie de les sculpter tout doucement, et là c'est l'introduction des procédés, qui malgré tout produisent une certaine harmonie)

Parlons un peu progression et évolution. Nous sommes sur un forum, nous lisons, nous commentons. Certains pensent que "plus on lit, plus on est apte à progresser". Comment te positionnes-tu par rapport à ça ? Qu'attends-tu d'un commentaire et comment les exploites-tu ?

Je n'ai pas trop compris la question
Bon, je vais y répondre par les deux sens que j'y vois
-Faut-il lire pour écrire?
Aucune nécessité, mais lire c'est se nourrir, s'enrichir; au-delà du langage ce qui est important c'est l'expérience (comment ma vie s'est agrandie?) Il existe deux-trois petits génies qui n'ont pas eu besoin de lire pour écrire (ô Homère bourré d'humour) mais en règle générale, explorer les fluctuations de mille pensées humaines, c'est utile pour se construire soi-même un petit truc qui marche.
-Les commentaires des lecteurs des forums?
Je vais être sincère; je suis toujours ravie d'être lue, de toucher parfois… Mais les commentaires en tant que tels me sont très rarement utiles; (sauf cas de fautes d'orthographe) je préfère que l'on analyse mon travail sur le long terme en tant que construction plutôt que de voir mes phrases disséquées; mes procédés d'écriture sont assumés. J'attends donc d'un commentateur soit qu'il me suive sur le long terme (ce que je ne peux pas attendre de n'importe qui, il faut aussi qu'une certaine affinité se crée), soit qu'il donne tout simplement son ressenti: archi-important bien que boudé. Un "ça marche" ou un "artificiel, je ne rentre pas", m'informent tout de suite plus sur la validité d'un texte qu'une dissection. (en plus jamais je ne réécris)
Après, c'est bizarre, parce que je n'ai pas cette façon de commenter quand je vais lire un texte; je m'attache aux procédés, aux contours, aux ressentis, c'est un peu au cas par cas (parce que j'ai bon goût, oui).

Quand tu dévoiles une de tes productions, as-tu de l'appréhension ? Plus simplement, si tu as une critique négative mais justifiée, arrives-tu à te "dépassionner" ? D'ailleurs, est-ce souhaitable ?

De l'appréhension OUI forcément, mais pas au niveau de tous mes lecteurs; je sais de toutes façons que mon style ne touchera jamais les lecteurs plus pragmatiques, donc je n'attends d'eux aucune adhésion.
Ca marche à l'estime que je porte au ressenti de tel ou tel lecteur; (et pas à l'estime que je porte au lecteur, c'est différent).
Il me faut en général 47 heures pour arrêter de sangloter quand la critique d'un de mes innombrables amants est négative, sinon. Et tant mieux en fait, prendre ses écrits avec trop de relativité c'est n'en attendre pas grand-chose; à partir de ce moment-là, tu n'es pas dans une posture artistique je crois.

C'est très intéressant tout ça mais nos lecteurs aimeraient te découvrir un peu plus. Pasiphae par exemple, on connait bien sa place dans la mythologie grecque. Son histoire est très intéressante, et si je ne te demande pas si tu peux tomber amoureuse d'un taureau, j'aimerais savoir ce que tu penses des mythes. Pour ma part, je crois à leur réalité. Mais, ce n'est pas une opinion partagée par la masse. Penses-tu qu'à défaut d'être réels, ils ont au moins le mérite d'être vrai ? Quel est le but de ces mythes ?

Bien sûr les mythes sont vrais! C'est drôle que tu me demandes ça, je suis en train de les étudier en cours (passionnant).
Enfin, je n'aurais pas de cesse d'admirer ces petits bonhommes grecs, qui en plus d'avoir jeté toutes les bases de la philosophie, ont réussi à comprendre que toutes les situations, toutes les passions étaient les mêmes; j'admire le travail subtil qu'ils ont mené sur l'âme humaine, et qui fait qu'aujourd'hui l'on puisse encore tomber éperdument amoureux d'une Antigone, pleurer sur le sort d'une Médée… Plus encore, voir les lectures différentes que l'on en fait selon les époques, alors même que les rouages restent les mêmes, preuve qu'un mythe ne s'attache qu'à la silhouette la plus serrée, la plus vraie de toute histoire humaine.
Le but, pas sûre qu'il y en ait un,mais, heu, ils sont là comme de rassurantes fondations…
Je suis un petit peu zoophile en vérité oui

J'ai préparé ton interview avec Intemporelle et elle veut à tout prix savoir d'où te vient cette obsession pour les miettes. Éclaire-la ou je continuerais à recevoir des coups secs sur mon crâne.

Ô Intemporelle, ne martyrise pas le pauvre Cheyenne (tu vas être déçue)… Je ne sais même pas, je crois avoir été victime d'une espèce de complot sourd… La notion de "miette" m'a été attachée plus que je ne l'ai plébiscitée; mais je m'y suis sentie confortablement installée, petit cocon feutré, et j'ai fait en sorte qu'on croit que c'était une sorte de concept super intellectuel (ce qui ne trompe personne). Mais, au fond, c'est mignon, une petite mi-ette, non?
ça colle à merveille à mon ton je crois

Sur le forum, on te remarque également par ta présence dans les débats. Pourquoi, d'après toi, l'homme est si attaché à la dichotomie dans sa façon de voir les choses ?

Olala. Tu me forces à aller voir sur wikipédia ce que veut dire ce truc obscur, "dichotomie", et je ne comprends toujours pas (oups). MAIS l'être humain est fabuleux, tous ces regards, petites tensions sous la peau, couleurs cachées, hum, vaseux ce que je dis? En fait, je crois, si je cerne ta question, qu'elle se pose à tous ces points de vue, parfois radicalement opposés, sur une même question. C'est que l'homme
aime réfléchir, il a une fierté, et puisque sa pensée s'articule différemment de celle de son voisin, eh bien, ça fait des débats. Sinon, c'est toujours rafraîchissant d'aller se faire la dent contre des gens super intelligents.

Question classique. Tu es une jeune femme. Raconte-nous donc la tentative de drague la plus nulle que tu as eu la chance de vivre !

J'ai passé deux semaines en Italie, cet été et… Nous étions trois amies toutes mignonnes et innocentes, du coup, nous avons vécu des choses assez incroyables (et un italien, ça manque de subtilité). Je vais en raconter deux, parce que la première vaut le coup, mais ce n'est pas moi qui en ai été victime.
C'est l'histoire d'un petit florentin maigrichon qui distribue des pastèques pour le compte de je ne sais quelle fête locale, et puisque nous étions en cours de déshydratation, jolie providence. Sur les marches de la plus vieille église de Florence, il est un quart d'heure plus tard arrivé en se dandinant, et nous a proposé une visite gratuite des catacombes de l'église. Il attrape une de mes amies par le bras, et lui dit qu'on ne peut y aller que deux par deux, et que donc il commencera par elle. Elle a évidemment gentiment décliné, mais quand même, drague dans les catacombes, c'était follement rupestre.
L'autre se passe à Rome, le soir. On cherchait un endroit sympa, et franchement Rome est morte la nuit (on ne savait pas encore que tout se passait dans le Trastevere). Au milieu d'une avenue, trois grands rustres se ruent vers nous, nous attrapent par la taille et commencent à nous faire valser (la France, ça leur évoque tout de suite les dîners aux chandelles et les bouquets de roses défraîchis). Nous n'avons pu nous en débarrasser qu'une heure plus tard, sur les marches de la fontaine de Trevi, en leur expliquant que nous étions fidèles à nos amoureux (ça leur échappe, cette drôle de "philosophie" française).
Je pourrais continuer longtemps parce que je n'ai jamais été draguée normalement par des êtres normaux, mais ce serait lassant.

Imaginons que des êtres venus de l'Espace débarquent sur Terre et que tu es choisie pour dialoguer avec eux. Ils veulent savoir pourquoi on a deux oreilles et deux yeux mais un seul nez. Que répondrais-tu?

J'ai pas de répartie. Mais un joli sou-rire alors ils oublieraient vite leur question ridicule.

Pour finir, il pleut et des grosses flaques de boue se forment. Sautes-tu dedans le rire aux lèvres ou relèves-tu ta jupe pour ne pas la salir ?

Un petit mélange mignon des deux (comme un canard plouf toute propre)
Non, mais la boue, ça m'angoisse. Beaucoup. Je l'évite.

Cela a été un réel plaisir de t'interviewer. Un message particulier à faire passer ?

Oui
Plus tard je voudrais devenir:
intelligente comme Intemporelle
beau comme Boris
virile comme Rozy
rigolo comme Rêvelin

(Nariel j'attends que tu me peignes en rose)

Par Ecrivains en herbe - Publié dans : Interviews et Témoignages
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