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Auteur : Luft/Eliott/Saara
Gagnante du concours : Vision des choses d'un criminel
Petite, mon Ange, j’entends tes pieds qui martèlent la terre, qui font s’effriter les feuilles et voler les rameaux. J’ai l’impression que tu voles entre les buissons, les racines – seraient-ce
des ailes qui se dessinent ?
Tu t’es enfuie (je t’avais dit de rester où tu étais), et les arbres projettent sur toi des ombres mouvantes et vacillantes. Elles te poursuivent, puissantes et t’effrayent, toi, petite.
Ton souffle se mêle aux courants d’air, halètement cent fois répercuté qui laisse derrière lui les traces d’un parfum de détresse. Et dans l’obscurité, je te poursuis sans relâche.
Je t’entends sans effort ; le chuchotement de ta robe, les cheveux qui battent dans ton dos, tes ailes…
Le bruit que tu fais envahit mes oreilles et envoûte mon esprit comme une mélopée qui sans cesse se renouvelle. Je te suis et mon cœur crève d’envie quand je vois cette lumière qui t’entoure, se
propage, te protège ; je veux la percer, alors je cours.
Mais… Tu sais où je suis ?
Comme si tu avais entendu ma question, tu te retournes, puis repars de plus belle. Et moi je souris.
Tu cavales au milieu des arbres hors d’haleine, aveugle. Mais ta lumière persiste, je ne comprends pas pourquoi. Pourtant, de tes bonds effrénés, tu te heurtes aux grilles végétales, murs de
ronces au rire sardonique, autant de portes qui ne s’ouvrent pas.
Peur.
A un détour je peux voir tes ailes nacrées s’agiter, s’agiter en tout sens, et dans l’air quand je passe après toi, je savoure ta peur et ton angoisse. Elles sont la sueur de ta peau, ton odeur,
ton parfum ; elles sont toi tout entière.
Toi petite, alors que nous sommes deux je veux te saisir, te prendre, pour ne former qu’une entité.
Comme je m’approche j’aimerais bondir, je sens mes muscles frissonner… Mais je t’admire, te détaille, je te contemple et te caresse du regard, toi, frêle insecte qui me voit sans me regarder,
tressaille pour chercher une issue.
Mais les portes sont fermées. Alors tes ailes frémissent doucement. Tu sais petite, tu sais que rien ne sert d’espérer. Dès l’instant où je t’ai prise en chasse, tu le savais déjà. Tu n’as plus
de choix. Chaque seconde qui me séparait de toi s’est emplie et gonflée d’un désir, de mon désir, et de ton effroi ravissant.
Alors je te capture au vol (si légère), et je crois sentir les battements affolés de ton cœur contre mes paumes.
Et ce tissu qui tente vainement de te couvrir, dérisoire, il est facilement, si facilement arraché… et dans tes yeux, comme un refrain, écho rumeur, je revois ce sentiment qui te prend, que je ne
pourrai jamais éprouver, sans doute, mais que je connais mieux que personne… Car je le fais vivre, ce sentiment, tu comprends ?
J’entends ton souffle heurté. Tes ailes blanches se teintent lentement, de rouge, elles s’assombrissent et s’alourdissent, tombent à terre. Elles ne te protègent plus.
Je sens le duvet de ta peau contre la mienne, je vois tes jambes se tordre et battre le sol, tes doigts délicats remuer comme un papillon terrifié. Tes cheveux si blonds, si fins, si argentés,
ils sont maintenant maculés de boue. Je n’ai plus envie de jouer.
Tu cries, il n’y a personne pour t’entendre. Ça ne fait rien, seulement toi et moi, et toutes tes craintes, une sérénade nocturne, l’attente qui vole en éclat, j’attendais que tu sois vraiment
effrayée.
Mes sens divisés se réunissent alors, se réunissent enfin, s’entremêlent pour n’en devenir qu’un. C’est une extase qui berce violemment. Ta voix et tes hurlements en sont les accords,
l’accompagnement parfait. Il déferle, puissant. Prégnant.
Plaisir inouï qui fuse, qui transperce et se déploie alors que sous moi je sens quelques uns de tes soubresauts. Car je t’ai pris ta lumière, et je sens mon visage se tordre en un rictus de
satiété... Cette lumière qui me narguait, je l’ai finalement étranglée.
Un papillon cloué...
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